Les ombres de la jeune fille en fleurs...
...et Jean-Louis admire les rayons du soleil qui s'entortillent dans les plis bariolées de la robe estivale, portée par quelque jeune femme allongée dans l'herbe d'un parc, souriante et paisible, quelques fois jouant avec un enfant ou un homme occupé entièrement à l'aimer; et ces rayons, sur la peau de la jeune fille déjà gorgée des chaudes couleurs de l'été, tracent comme des étoiles aux branches entrelacées dont l'intense contraste du motif sur l'épiderme bruni n'est pas sans rappeler les teintes ocres des déserts étouffants où l'alternance thermique – des journées brûlantes avec les nuits glacées – étourdit le voyageur jusqu'à l'ivresse dangereuse des délires; et les rayons de l'astre clair ou, plus précisément, leurs reflets scintillant captent l'attention d'un passant pourtant pressé, sans doute allant rejoindre quelque épouse ou chercher quelque fils à la sortie de l'école mais ralentissant néanmoins le pas, pour s'offrir un instant de rêve nostalgique - Ah! S'il avait seulement 10 ans de moins, peut-être alors... - avant que le souvenir de l'épouse et du fils ne remonte soudain pour lui faire reproche, la silhouette à ce moment précis se redressant d'un coup et le pas reprenant un rythme soutenu, comme pour mieux quitter, plus rapidement encore, ces idées malvenues cependant que Jean-louis, assis dans cette herbe, qu'il a tant attendue - l'hiver passé s'étant acharné à la recouvrir de neige et ce jusqu'au début du mois d'avril - Jean-Louis donc, au moment exact où un passant semble fuir précipitamment ses propres pensées interlopes, Jean-Louis, par jeu intellectuel, cherche à se représenter mentalement l'ensemble des motifs, jeux d'ombre et de lumière, apparaissant à l'instant T à la surface du corps de la jeune fille, se demandant de quelle façon les hoquets de son rire sonore modifieraient l'ombre portée de ces projections solaires d'un instant T à l'autre et comment, de la sorte, se transformeraient les contours résultants de ces ombres - comme dans les tableaux de ces peintres contemporains qui jettent au hasard leurs couleurs sur la toile jusqu'au moment où une forme semble se dégager de la trame de fond - et jean-louis cherchant probablement, par ces constructions mentales saugrenues, quelque délassement à son esprit fatigué, révise ses cours d'université en finissant la rédaction d'un devoir sur Claude Simon.
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